Quelques écrits et
réflexions sur la peinture , l’art et la création.
« Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration
par la ressemblance des choses dont on n’admire point les
originaux »
(Blaise Pascal)
~
« Je me demande parfois si l’originalité ne consiste pas
dans l’impossibilité
de faire comme ceux qu’on admire. »
(Chapelain-Midy)
~
« …Le beau
artistique est plus élevé que le beau dans la nature.
Car la beauté
artistique est la beauté née et comme deux fois née de l'esprit… Le beau a sa
vie dans l'apparence…
L’art doit donc se
proposer une autre fin que l’imitation formelle de la nature ;
dans tous les cas,
l’imitation ne peut produire que des chefs-d’œuvre de technique, jamais des
œuvres d’art. »
(F Hegel)
~
« La nouveauté
dans la peinture ne consiste pas dans un sujet encore non vu,
mais dans la bonne
et nouvelle disposition et expression, et ainsi de commun et de vieux,
le sujet devient
singulier et neuf .»
(Nicolas Poussin)
~
" Le but de
l'art est de figurer le sens caché des choses et non point leur apparence ;
car dans cette vérité
profonde est leur vraie réalité qui n'apparaît pas dans leur contour extérieur.
"
(Aristote)
~
" Vouloir être
dans le vent, c'est une ambition de feuilles mortes "
(Jean Guitton).
(« La feuille
vivante reste attachée à sa branche, elle-même attachée au tronc, lui-même
solidement ancré
dans la terre
nourricière où ses racines puisent leur substance. La feuille morte, parée d'or
et de pourpre,
se croît plus
belle, mais elle est morte. La feuille qui virevolte au gré des courants d'air,
se croît libre, mais elle est morte.
Elle ira rejoindre
les autres feuilles mortes, que ramassera le grand balayeur et qui finiront
leur course sur un tas d'ordures, brûlé au feu. »)
~
" L'art ne
rend pas le visible, il rend visible. "
( Paul Klee)
~
"Le beau est
dans la nature, et se rencontre dans la réalité sous les formes les plus
diverses.
Dès qu'on l'y
trouve, il appartient à l'art, ou plutôt à l'artiste qui sait l'y voir."
(Courbet, 1861.)
~
" Beautés sans
fin d'un bulbe qui germe, d'une aile de libellule, de la cassure d'un silex, de
la volute d'un coquillage.
Vanités éternelles
des vues de l'esprit. Tout est question de regard, savoir être à la fois myope
et presbyte.
Voir les choses de
prés et les idées de loin. "
(Chapelain- Midy)
~
Le dessin est à
l'œuvre finale ce que, la mélodie, les quelques accords d'introduction,
sont à la symphonie.
Ecoutez la cinquième de Beethoven, dès les premiers
accords tout est dit, le reste est développement.
Valéry disait : " le premier
vers est un don divin, les autres ne sont que travail. "
"Ici, tenez,
ces cheveux, cette joue, c'est dessiné, c'est habile, là, ces yeux, ce nez,
c'est peint...
Et dans un bon
tableau, comme je le rêve, il y a une unité. Le dessin et la couleur ne sont
plus distincts,
au fur et à mesure
que l'on peint, on dessine; plus la couleur s'harmonise, plus le dessin se
précise.
Voilà ce que je
sais, d'expérience.
Quand la couleur
est à sa richesse, la forme est à sa plénitude.
Le contraste et les
rapports des tons, voilà le secret du dessin et du modelé."
(PAUL CÉZANNE)
On dirait une photo ! voilà peut-être la réflexion que
j’entends le plus souvent venant des spectateurs de ma peinture,
compliment maladroit mais suprême pour eux, devant la précision de
la touche.
Pour le peintre de la réalité que je suis, rappel à l’ordre de
Brassaï :
« La photographie, c’est la conscience même de la
peinture.
Elle lui rappelle sans cesse ce qu’elle ne doit pas faire.
Que la peinture prenne donc ses responsabilités. »
( Extraits de l’Intransigeant – 15 novembre 1932)
et soutien de Georges Braque :
« La peinture est de plus en plus proche de la poésie,
maintenant que la photographie l’a libérée du besoin de raconter une
histoire. »
( Extrait d’une lettre à Guillaume Apollinaire)
Je ne sais si ma
peinture est de la poésie, mais , néanmoins, je laisse le soin, dans chacune de
mes conversations silencieuses,
aux protagonistes que
je mets en scène et qui dialoguent entre eux, de raconter une histoire.
~
" Les choses
existent pour tout le monde de la même façon.
L'homme de la rue
et le peintre les voient semblablement.
Mais le peintre,
lui, les regarde d'une certaine façon.
C'est à partir de
ce moment- là qu'il commence à mentir pour dire sa vérité. "
(Chapelain Midy)
~
" Une toile
qui se fait, nous avons le sentiment de la reconnaître peu à peu,
mais sans jamais
savoir à l'avance quel sera exactement son vrai visage. "
(Jean Bazaine)
Le peintre face à la
toile vierge doit considérer celle-ci comme une partie d'échecs,
s'il part au hasard,
l'échec est prévisible.
L'œuvre finale doit
être pré-existante dans sa tête,
s'il n'a pas prévu,
calculé tous les coups ( de pinceau) à l'avance, l'égarement est au bout du
chemin.
La composition vient à
sa rescousse, les lignes, les surfaces, les valeurs, les couleurs ,
doivent être composées
de façon claire et précise dans l'étude que celui-ci fait dans sa tête.
" De la main
du peintre ne doit sortir aucune ligne qui n'ait été formée auparavant dans son
esprit. "
(Nicolas Poussin)
~
Dans un dessin, chaque trait appartient à
tout l'espace et conspire avec les autres dans le rythme des vides et des
pleins, avant d'élucider toute proposition figurative"
(Henry MALDINEY)
~
Le hic, pour lui, est
que la toile dans son esprit est un chef d'œuvre, parfait, harmonieux,
et que sa mise en
œuvre sur la toile, n'abouti pas toujours au résultat escompté mais n'est
parfois qu'une exécution !
" c'est une
expérience partagée par tous les artistes que celle de l'écart irrémédiable qui
existe entre l'œuvre de leurs mains,
quelque réussie
qu'elle soit, et la perfection fulgurante de la beauté perçue dans la ferveur
du moment créateur : ce qu'ils réussissent à exprimer dans ce qu'ils peignent,
ce qu'ils sculptent,
ce qu'ils créent, n'est qu'une lueur de la splendeur qui leur a traversé
l'esprit pendant quelques instants. "
(Lettre du Pape
Jean-Paul II aux artistes. 1999.)
L'autre handicap
imposé au peintre est que, celui-ci ne doit pas peindre ce qu'il sait mais ce
qu'il voit.
Il doit fuir tout ce
qui se rapproche d'une image mentale ( un arbre, un chemin, le ciel,
etc.…) Tout ce que son éducation,
sa culture lui ont
appris à reconnaître, à dénommer : une maison comporte une porte des
fenêtres un toit et une cheminée ( qui fume parfois).
Le peintre n'est pas
face à un arbre, un champs, un chemin, un nez, un bras, une pomme, mais à il
est confronté à des lignes,
des surfaces, des
valeurs, des couleurs. Il doit peindre ce qu'il ne connaît pas par exemple une
verticale), afin de , l'œuvre achevée,
reconnaître ce qu'il
n'a pas peint (un arbre qui est une verticale).
« Certains
peintres transforment le soleil en un point jaune ; d'autres transforment un
point jaune en soleil. »
(Pablo Picasso)
De cette façon
celui-ci s’exonère de l’obligation de résultat :
il n’a plus l’angoisse
- cette angoisse qui paralyse et fait perdre le peu de moyens qu’il lui reste -
de représenter, de reproduire un nez, un bras, ou un arbre.
Il lui sera beaucoup
plus facile d’analyser la forme des deux surfaces qui entourent un nez par
exemple,
de les reproduire
et voir apparaître soudain les contours
de ce nez.
Il aura ainsi dessiné
ce qu’il ne connaît pas : la forme des deux surfaces qui entourent le nez
pour reconnaître ce qu’il n’a pas dessiné : un nez.
" Quand je
mets un vert, ça ne veut pas dire de l'herbe, quand je mets un bleu, ça ne veut
pas dire du ciel. "
(Henri Matisse)
S'il ne peint que les
éléments précisément dénommés de son modèle, il restera prisonnier de ceux-ci,
et sera tributaire de
ce qui caractérise le sujet ; au détriment de l'harmonie des lignes, des
valeurs, des couleurs entre elles.
Le peintre ne peint
pas des caractéristiques mais des correspondances.
" Avant de représenter
un cheval de bataille ou quelque autre anecdote,
un tableau est une
surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. "
(Maurice Denis)
Pour ces raisons,
toute toile même la plus figurative est avant tout abstraite.
" Il n'y a pas
d'art abstrait. Tout art est abstrait en soi quand il est l'expression
essentielle dépouillée de toute anecdote. "
(Henri Matisse)
" Ce qu'on est
convenu d'appeler le naturalisme en peinture, c'est ce refus ou cette
impossibilité d'un univers perméable :
un art sans
abstractions, c'est à dire privé de contacts profonds avec l'universel, une
chair qui n'est plus armée de signes qui la dépassent.
La décadence d'un
art, comme celle de l'homme, c'est toujours ce passage de l'objet prétexte,
carrefour de forces, à l'objet fin en soi, économie fermée,
à l'objet devenu si
bête qu'il dévore ses propres pattes, à l'objet catoblépas. "
(Bazaine. Le temps
de la peinture.)
~
« All world in a nutshell «
(JOYCE)
~
" Le dessin n'est
pas la forme, il est la manière de voir la forme. "
(Edgar Degas)
~
« Le dessin, c’est la probité de l’art. »
(Ingres)
~
« Peinture :
Art de protéger les
surfaces plates des intempéries et de les exposer à la critique. »
(Ambrose Bierce)
Extrait de :
Le dictionnaire du Diable.
~
Le défaut qu’ont
certains peintres : avoir oublié que partir d’un modèle réel n’est pas
déshonorant ;
mais peut-être
partent-ils de rien par angoisse de ne pouvoir dépasser le sujet ;
seulement, à force de
partir de rien on fini par arriver nulle part.
Contrairement à
l'intellectuel pour lequel la question à souvent plus d'importance que la
réponse,
le peintre, lui,
accorde son intérêt à l'acte de
peindre, la réponse c'est la toile.
Voilà le sens des
propos de Picasso : " je ne cherche pas, je trouve ".
A quoi bon perdre son temps en questions
préalables inutiles au sujet de la toile
qui est en train de
naître sous nos pinceaux, peignons.
« On comprendra un jour que
Raphaël et Vermeer avaient déjà tout découvert en peinture.
C'est pourquoi au lieu de persister
fastidieusement à théoriser, pour tenter de redécouvrir la peinture...
Peignons! »
[ Avant-propos du catalogue de l'exposition à
la galerie Bignou, 1945 ]
(Salvador Dali)
Le contraire donc de
certains artistes peintres contemporains, les masturbés mentaux de la création
plastique d'aujourd'hui,
perdus dans les
méandres de leurs questionnements abscons, à la recherche d’une
originalité qu’ils pensent être synonyme de talent.
Seul le talent est
original, pas le contraire.
« C'est ce que
je trouve qui me dit ce que je cherche. (P.Soulages) »
~
L'année 1997 fut pour
moi l'année des remises en questions, mais j'étais enfin seul responsable des
réponses.
~
Depuis quelques décennies
on a oublié que la peinture avait son odeur propre, et non pas celle de
l'argent.
~
Je dis le contraire
d'A. Warhol, moi je préfère mettre mon
talent dans ma peinture et mon génie à bien vivre.
( ce n'est pas le seul
point sur lequel je ne suis pas d'accord avec lui…)
~
Le rapport entre la
reconnaissance et la notoriété pour un peintre, c'est un peu comme celui qui
existe entre les couches picturales et le vernis :
le deuxième n'est pas
toujours indispensable aux premières mais il les rehausse bien quand même, et
les enrichi parfois.
~
Je ne peints bien que
ce que je ne connais pas.
" Il faut que
la toile efface l'idée "
(Georges Braque)
« Ce qui m'a
toujours sauvé, c'est que je n'ai jamais su ce que je voulais. »
(Georges Braque à
Bazaine)
~
« La peinture
ne saisira le mystère de la réalité que si le peintre ne sait pas comment s'y
prendre ».
( Francis Bacon.
Extraits des entretiens avec David Sylvester)
~
" On ne fait pas
la peinture que l'on veut, il s'agit de vouloir jusqu'au bout la peinture que
l'on peut, celle que peut l'époque.
Et cela ne se fait
pas à coup d'intelligence ou de connaissances historiques, mais par le plus
obscur travail de l'instinct et de la sensibilité.
Une seule règle
demeure, absolue : à chaque nouvelle toile, avoir perdu le fil. "
(Bazaine. Le
temps de la peinture.)
~
" Trop de
peintres meurent prématurément, je veux dire qu'ils deviennent très vite
immobiles, figés dans la manière qu'ils ont adoptée et qui plaît.
Lorsqu'on commence
à se recommencer, c'est souvent qu'on croit s'être trouvé alors qu'on est
entrain de se perdre.
La véritable mort
pour un artiste, c'est quand le métier remplace l'invention, quand la main
remplace le cœur, quand l'œuvre n'est plus que le reflet de ce qu'elle a été.
Dans l'exercice de
l'art, rien de plus suspect que le rabâchage.
Et pourtant il
n'est que d'observer un peu le public pour savoir que c'est là le sûr moyen de
s'en faire reconnaître et de lui plaire.
En somme il
n'apprécie les créateurs que quand ils ne sont plus que l'ombre d'eux mêmes.
"
(Chapelain Midy)
Combien de peintres se
nourrissent-ils de ce qu'ils ont déjà digéré d'eux mêmes ou des autres
peintres?
~
En 1952, Picasso écrivait
à son ami Giovanni Papini :
« Dans l’art,
les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence
cherchent le nouveau, l’étrange, l’extravagant, le scandaleux.
Moi-même, depuis le
cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les
bizarreries changeantes qui me sont passées par la tête,
et moins ils les
comprenaient, plus ils les admiraient.
Mais quand je suis
seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste
dans le sens grand et antique du mot.
Ce furent de grands
peintres que Giotto, Le Titien, Rembrandt et Goya : je suis seulement un
amuseur public qui a compris son temps
et épuisé le mieux
qu’il a pu l’imbécillité, la vanité, la cupidité de ses contemporains.
C’est une amère
confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler.
Mais elle a le
mérite d’être sincère ».
~
Picasso dit : «On peut écrire et peindre
n'importe quoi puisqu'il y aura toujours des gens pour le comprendre (pour y
trouver un sens).»
23 mars 1942,
~
Oscar Wilde a dit :
" révéler l'art et cacher
l'artiste, tel est le but de l'art. "
Aujourd'hui on fait
exactement le contraire !
(Chapelain Midy)
~
" Plus on
enlève dans une toile, plus on ajoute d'invisible . Mais c'est enlever qui est
difficile. "
Chapelain Midy
Il rejoint en cela
Bazaine qui en 1941 écrit :
" la vie d'un peintre, c'est à rebours qu'elle
se déroule : le peintre naît vieux, encombré de béquilles, il lui faudra, une à
une, les briser. "
~
" le plus dur, disait Villon, ce sont les
cinquante premières années. "
Et Paul Surtel de
rajouter :
« après ça va
tout seul ! »
~
Faut-il sacrifier sa
liberté pour défendre sa sécurité ou sacrifier sa sécurité pour défendre sa
liberté ?
Voilà bien longtemps
que j’ai choisi, privilégier sa liberté de création de peintre est un chemin
qui mène inexorablement à l’abandon de sa sécurité dans la vie de tous les
jours. Si l’on devient un peintre grâce à ses dispositions et au travail de ses
dons naturels, ce sont nos choix qui font de nous ce que l’on est et ce que
l’on deviendra.
L’âge venant, quand le
peintre a fini de faire des progrès dans son art, il est temps pour lui de
penser à faire des progrès dans sa vie d’homme.
La nuance est grande
entre vivre de sa peinture et faire de la peinture pour vivre,
Seule la première formule me laisse la liberté à laquelle j’aspire
dans l’élaboration des toiles que je peux avoir dans ma tête.
La deuxième laisse trop la
porte ouverte aux sirènes qui peuvent s’engouffrer suite à une réussite commerciale,
C’est ce qui permet à certains peintres d’alléguer bien
trop de toiles dans leur production.
~
Pour moi un peintre devrait
davantage essayer, dans son art, de se comporter en magicien plutôt qu’en illusionniste.
~
« Mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son
art. »
Louis Jouvet dans « Entrée des artistes » de Henri
Jeansson.
~
Avant on pouvait entendre :
C’est ce qui est beau qui plaît,
Aujourd’hui, on entend davantage :
Si cela plaît, c’est sûrement beau.
~
Un peintre, comme tous les créateurs, est un semeur
d’émotions, et … quand on sème on a toujours vingt ans.
~
Voici deux reflexions qui n’ont rien à voir avec l’art mais que
j’aime bien quand même !
La vérité peut-elle n’avoir qu’un seul visage ? Quand
j’entends deux points de vue parfois opposés sur un même sujet, et que l’un est
aussi valable que l’autre, cela me fait penser à une image :
Une montagne peut-être bien différente suivant l’endroit d’où on la
contemple et pourtant n’est-ce pas toujours la même ?
~
On peut remarquer parfois que certains enfants voient plus loin que
leurs parents, il ne faut pas oublier de rappeler que c’est souvent parce
qu’ils sont perchés sur les épaules de ces derniers.
Et quand je vois certains jeunes actuellement ne pas avoir une
vision très clair autant de leur présent que de leur avenir, je ne peux
m’empêcher de penser que c’est peut-être leur refus de l’expérience de leurs
ainés qui les rends ainsi aveugles.
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