VERS MON EXPOSITION A LA GALERIE  SAINT – HUBERT A LYON JANVIER FEVRIER 2009

 

 

Quelques écrits et réflexions sur la peinture , l’art et la création.

 

 



« Quelle vanité que la peinture, qui attire l’admiration

par la ressemblance des choses dont on n’admire point les originaux »

(Blaise Pascal)

~

« Je me demande parfois si l’originalité ne consiste pas dans l’impossibilité

de faire comme ceux qu’on admire. »

(Chapelain-Midy)

~

 

« …Le beau artistique est plus élevé que le beau dans la nature.

Car la beauté artistique est la beauté née et comme deux fois née de l'esprit… Le beau a sa vie dans l'apparence…

L’art doit donc se proposer une autre fin que l’imitation formelle de la nature ;

dans tous les cas, l’imitation ne peut produire que des chefs-d’œuvre de technique, jamais des œuvres d’art. »

(F Hegel)

 

~

 

« La nouveauté dans la peinture ne consiste pas dans un sujet encore non vu,

mais dans la bonne et nouvelle disposition et expression, et ainsi de commun et de vieux,

le sujet devient singulier et neuf .»

(Nicolas Poussin)

 

~

 

" Le but de l'art est de figurer le sens caché des choses et non point leur apparence ;

car dans cette vérité profonde est leur vraie réalité qui n'apparaît pas dans leur contour extérieur. "

(Aristote)

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" Vouloir être dans le vent, c'est une ambition de feuilles mortes "

(Jean Guitton).

 

(« La feuille vivante reste attachée à sa branche, elle-même attachée au tronc, lui-même solidement ancré

dans la terre nourricière où ses racines puisent leur substance. La feuille morte, parée d'or et de pourpre,

se croît plus belle, mais elle est morte. La feuille qui virevolte au gré des courants d'air, se croît libre, mais elle est morte.

Elle ira rejoindre les autres feuilles mortes, que ramassera le grand balayeur et qui finiront leur course sur un tas d'ordures, brûlé au feu. »)

 

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" L'art ne rend pas le visible, il rend visible. "

( Paul Klee)

~

"Le beau est dans la nature, et se rencontre dans la réalité sous les formes les plus diverses.

Dès qu'on l'y trouve, il appartient à l'art, ou plutôt à l'artiste qui sait l'y voir."

(Courbet, 1861.)

~

 

" Beautés sans fin d'un bulbe qui germe, d'une aile de libellule, de la cassure d'un silex, de la volute d'un coquillage.

Vanités éternelles des vues de l'esprit. Tout est question de regard, savoir être à la fois myope et presbyte.

Voir les choses de prés et les idées de loin. "

(Chapelain- Midy)

 

~

 

 

Le dessin est à l'œuvre finale ce que, la mélodie, les quelques accords d'introduction, sont  à la symphonie.

Ecoutez  la cinquième de Beethoven, dès les premiers accords tout est dit, le reste est développement.

Valéry disait : "  le premier vers est un don divin, les autres ne sont que travail. "

 

 

"Ici, tenez, ces cheveux, cette joue, c'est dessiné, c'est habile, là, ces yeux, ce nez, c'est peint...

Et dans un bon tableau, comme je le rêve, il y a une unité. Le dessin et la couleur ne sont plus distincts,

au fur et à mesure que l'on peint, on dessine; plus la couleur s'harmonise, plus le dessin se précise.

Voilà ce que je sais, d'expérience.

Quand la couleur est à sa richesse, la forme est à sa plénitude.

Le contraste et les rapports des tons, voilà le secret du dessin et du modelé."

 

(PAUL CÉZANNE)

 

 

 

On dirait une photo ! voilà peut-être la réflexion que j’entends le plus souvent venant des spectateurs de ma peinture,

compliment maladroit mais suprême pour eux, devant la précision de la touche.

Pour le peintre de la réalité que je suis, rappel à l’ordre de Brassaï :

«  La photographie, c’est la conscience même de la peinture.

Elle lui rappelle sans cesse ce qu’elle ne doit pas faire.

Que la peinture prenne donc ses responsabilités. »

( Extraits de l’Intransigeant – 15 novembre 1932)

et soutien de Georges Braque :

« La peinture est de plus en plus proche de la poésie, maintenant que la photographie l’a libérée du besoin de raconter une histoire. »

( Extrait d’une lettre à Guillaume Apollinaire)

Je ne sais si ma peinture est de la poésie, mais , néanmoins, je laisse le soin, dans chacune de mes conversations silencieuses,

aux protagonistes que je mets en scène et qui dialoguent entre eux, de raconter une histoire.

~

 

" Les choses existent pour tout le monde de la même façon.

L'homme de la rue et le peintre les voient semblablement.

Mais le peintre, lui, les regarde d'une certaine façon.

C'est à partir de ce moment- là qu'il commence à mentir pour dire sa vérité. "

(Chapelain Midy)

~

" Une toile qui se fait, nous avons le sentiment de la reconnaître peu à peu,

mais sans jamais savoir à l'avance quel sera exactement son vrai visage. "

(Jean Bazaine)

Le peintre face à la toile vierge doit considérer celle-ci comme une partie d'échecs,

s'il part au hasard, l'échec est prévisible.

L'œuvre finale doit être pré-existante dans sa tête,

s'il n'a pas prévu, calculé tous les coups ( de pinceau) à l'avance, l'égarement est au bout du chemin.

La composition vient à sa rescousse, les lignes, les surfaces, les valeurs, les couleurs ,

doivent être composées de façon claire et précise dans l'étude que celui-ci fait dans sa tête.

 

" De la main du peintre ne doit sortir aucune ligne qui n'ait été formée auparavant dans son esprit. "

(Nicolas Poussin)

~

Dans un dessin, chaque trait appartient à tout l'espace et conspire avec les autres dans le rythme des vides et des pleins, avant d'élucider toute proposition figurative"

(Henry MALDINEY)

~

 

Le hic, pour lui, est que la toile dans son esprit est un chef d'œuvre, parfait, harmonieux,

et que sa mise en œuvre sur la toile, n'abouti pas toujours au résultat escompté mais n'est parfois qu'une exécution !

 

" c'est une expérience partagée par tous les artistes que celle de l'écart irrémédiable qui existe entre l'œuvre de leurs mains,

quelque réussie qu'elle soit, et la perfection fulgurante de la beauté perçue dans la ferveur du moment créateur : ce qu'ils réussissent à exprimer dans ce qu'ils peignent,

ce qu'ils sculptent, ce qu'ils créent, n'est qu'une lueur de la splendeur qui leur a traversé l'esprit pendant quelques instants. "

(Lettre du Pape Jean-Paul II aux artistes. 1999.)

 

 

L'autre handicap imposé au peintre est que, celui-ci ne doit pas peindre ce qu'il sait mais ce qu'il voit.

Il doit fuir tout ce qui se rapproche d'une image mentale ( un arbre, un chemin, le ciel, etc.…)  Tout ce que son éducation,

sa culture lui ont appris à reconnaître, à dénommer : une maison comporte une porte des fenêtres un toit et une cheminée ( qui fume parfois).

Le peintre n'est pas face à un arbre, un champs, un chemin, un nez, un bras, une pomme, mais à il est confronté à des lignes,

des surfaces, des valeurs, des couleurs. Il doit peindre ce qu'il ne connaît pas par exemple une verticale), afin de , l'œuvre achevée,

reconnaître ce qu'il n'a pas peint (un arbre qui est une verticale).

 

« Certains peintres transforment le soleil en un point jaune ; d'autres transforment un point jaune en soleil. »

(Pablo Picasso)

 

De cette façon celui-ci s’exonère de l’obligation de résultat :

il n’a plus l’angoisse - cette angoisse qui paralyse et fait perdre le peu de moyens qu’il lui reste - de représenter, de reproduire un nez, un bras, ou un arbre.

Il lui sera beaucoup plus facile d’analyser la forme des deux surfaces qui entourent un nez par exemple,

de les reproduire et  voir apparaître soudain les contours de ce nez.

Il aura ainsi dessiné ce qu’il ne connaît pas : la forme des deux surfaces qui entourent le nez pour reconnaître ce qu’il n’a pas dessiné : un nez.

 

" Quand je mets un vert, ça ne veut pas dire de l'herbe, quand je mets un bleu, ça ne veut pas dire du ciel. "

(Henri Matisse)

 

 

S'il ne peint que les éléments précisément dénommés de son modèle, il restera prisonnier de ceux-ci,

et sera tributaire de ce qui caractérise le sujet ; au détriment de l'harmonie des lignes, des valeurs, des couleurs entre elles.

Le peintre ne peint pas des caractéristiques mais des correspondances.

" Avant de représenter un cheval de bataille ou quelque autre anecdote,

un tableau est une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées. "

(Maurice Denis)

 

Pour ces raisons, toute toile même la plus figurative est avant tout abstraite.

 

" Il n'y a pas d'art abstrait. Tout art est abstrait en soi quand il est l'expression essentielle dépouillée de toute anecdote. "

(Henri Matisse)

 

 

" Ce qu'on est convenu d'appeler le naturalisme en peinture, c'est ce refus ou cette impossibilité d'un univers perméable :

un art sans abstractions, c'est à dire privé de contacts profonds avec l'universel, une chair qui n'est plus armée de signes qui la dépassent.

La décadence d'un art, comme celle de l'homme, c'est toujours ce passage de l'objet prétexte, carrefour de forces, à l'objet fin en soi, économie fermée,

à l'objet devenu si bête qu'il dévore ses propres pattes, à l'objet catoblépas. "

(Bazaine. Le temps de la peinture.)

~

 

« All world in a nutshell «

 

(JOYCE)

~

 

" Le dessin n'est pas la forme, il est la manière de voir la forme. "

(Edgar Degas)

~

 

«  Le dessin, c’est la probité de l’art. »

(Ingres)

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« Peinture :

Art de protéger les surfaces plates des intempéries et de les exposer à la critique. »

(Ambrose Bierce)

Extrait de : Le dictionnaire du Diable.

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Le défaut qu’ont certains peintres : avoir oublié que partir d’un modèle réel n’est pas déshonorant ;

mais peut-être partent-ils de rien par angoisse de ne pouvoir dépasser le sujet ;

seulement, à force de partir de rien on fini par arriver nulle part.

 

Contrairement à l'intellectuel pour lequel la question à souvent plus d'importance que la réponse,

le peintre, lui, accorde son intérêt à  l'acte de peindre, la réponse c'est  la toile.

Voilà le sens des propos de Picasso : "  je ne cherche pas, je trouve ".

A  quoi bon perdre son temps en questions préalables inutiles au sujet de la toile

qui est en train de naître sous nos pinceaux, peignons.

 

« On comprendra un jour que Raphaël et Vermeer avaient déjà tout découvert en peinture.

C'est pourquoi au lieu de persister fastidieusement à théoriser, pour tenter de redécouvrir la peinture... Peignons! »


[ Avant-propos du catalogue de l'exposition à la galerie Bignou, 1945 ]
(Salvador
Dali)

Le contraire donc de certains artistes peintres contemporains, les masturbés mentaux de la création plastique d'aujourd'hui,

perdus dans les méandres de leurs questionnements abscons,  à la recherche d’une originalité qu’ils pensent être synonyme de talent.

Seul le talent est original, pas le contraire.

 

« C'est ce que je trouve qui me dit ce que je cherche. (P.Soulages) »

 

~

 

L'année 1997 fut pour moi l'année des remises en questions, mais j'étais enfin seul responsable des réponses.

 

~

 

Depuis quelques décennies on a oublié que la peinture avait son odeur propre, et non pas celle de l'argent.

~

 

Je dis le contraire d'A. Warhol, moi je préfère mettre  mon talent dans ma peinture et mon génie à bien vivre.

( ce n'est pas le seul point sur lequel je ne suis pas d'accord avec lui…)

~

 

Le rapport entre la reconnaissance et la notoriété pour un peintre, c'est un peu comme celui qui existe entre les couches picturales et le vernis :

le deuxième n'est pas toujours indispensable aux premières mais il les rehausse bien quand même, et les enrichi parfois.

 

~

 

Je ne peints bien que ce que je ne connais pas.

" Il faut que la toile efface l'idée "

(Georges Braque)

 

« Ce qui m'a toujours sauvé, c'est que je n'ai jamais su ce que je voulais. »

(Georges Braque à Bazaine)

 

~

 

« La peinture ne saisira le mystère de la réalité que si le peintre ne sait pas comment s'y prendre ».

( Francis Bacon. Extraits des entretiens avec David Sylvester)

 

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" On ne fait pas la peinture que l'on veut, il s'agit de vouloir jusqu'au bout la peinture que l'on peut, celle que peut l'époque.

Et cela ne se fait pas à coup d'intelligence ou de connaissances historiques, mais par le plus obscur travail de l'instinct et de la sensibilité.

Une seule règle demeure, absolue : à chaque nouvelle toile, avoir perdu le fil. "

(Bazaine. Le temps  de la peinture.)

 

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" Trop de peintres meurent prématurément, je veux dire qu'ils deviennent très vite immobiles, figés dans la manière qu'ils ont adoptée et qui  plaît.

Lorsqu'on commence à se recommencer, c'est souvent qu'on croit s'être trouvé alors qu'on est entrain de se perdre.

La véritable mort pour un artiste, c'est quand le métier remplace l'invention, quand la main remplace le cœur, quand l'œuvre n'est plus que le reflet de ce qu'elle a été.

Dans l'exercice de l'art, rien de plus suspect que le rabâchage.

Et pourtant il n'est que d'observer un peu le public pour savoir que c'est là le sûr moyen de s'en faire reconnaître et de lui plaire.

En somme il n'apprécie les créateurs que quand ils ne sont plus que l'ombre d'eux mêmes. "

(Chapelain Midy)

 

Combien de peintres se nourrissent-ils de ce qu'ils ont déjà digéré d'eux mêmes ou des autres peintres?

 

~

 

En 1952, Picasso écrivait à son ami Giovanni Papini :

« Dans l’art, les raffinés, les riches, les oisifs, les distillateurs de quintessence cherchent le nouveau, l’étrange, l’extravagant, le scandaleux.

Moi-même, depuis le cubisme et au-delà, j’ai contenté ces maîtres et ces critiques avec toutes les bizarreries changeantes qui me sont passées par la tête,

et moins ils les comprenaient, plus ils les admiraient.

Mais quand je suis seul avec moi-même, je n’ai pas le courage de me considérer comme un artiste dans le sens grand et antique du mot.

Ce furent de grands peintres que Giotto, Le Titien, Rembrandt et Goya : je suis seulement un amuseur public qui a compris son temps

et épuisé le mieux qu’il a pu l’imbécillité, la vanité, la cupidité de ses contemporains.

C’est une amère confession que la mienne, plus douloureuse qu’elle ne peut sembler.

Mais elle a le mérite d’être sincère ».

 

~

Picasso dit : «On peut écrire et peindre n'importe quoi puisqu'il y aura toujours des gens pour le comprendre (pour y trouver un sens).»

23 mars 1942,

~

 

Oscar Wilde a dit : "  révéler l'art et cacher l'artiste, tel est le but de l'art. "

Aujourd'hui on fait exactement le contraire !

(Chapelain Midy)

 

~

 

" Plus on enlève dans une toile, plus on ajoute d'invisible . Mais c'est enlever qui est difficile. "

Chapelain Midy

 

Il rejoint en cela Bazaine qui en 1941 écrit :

 

"  la vie d'un peintre, c'est à rebours qu'elle se déroule : le peintre naît vieux, encombré de béquilles, il lui faudra, une à une, les briser. "

 

~

 

"  le plus dur, disait Villon, ce sont les cinquante premières années. "

Et Paul Surtel de rajouter :

«  après ça va tout seul ! »

 

~

 

Faut-il sacrifier sa liberté pour défendre sa sécurité ou sacrifier sa sécurité pour défendre sa liberté ?

Voilà bien longtemps que j’ai choisi, privilégier sa liberté de création de peintre est un chemin qui mène inexorablement à l’abandon de sa sécurité dans la vie de tous les jours. Si l’on devient un peintre grâce à ses dispositions et au travail de ses dons naturels, ce sont nos choix qui font de nous ce que l’on est et ce que l’on deviendra.

L’âge venant, quand le peintre a fini de faire des progrès dans son art, il est temps pour lui de penser à faire des progrès dans sa vie d’homme.

La nuance est grande entre vivre de sa peinture et faire de la peinture pour vivre,

Seule la première formule me laisse la liberté à laquelle j’aspire dans l’élaboration des toiles que je peux avoir dans ma tête.

La deuxième laisse trop la porte ouverte aux sirènes qui peuvent s’engouffrer suite à une  réussite commerciale,

C’est ce qui  permet à certains peintres d’alléguer bien trop de toiles dans leur production.

~

Pour moi un peintre devrait  davantage essayer, dans son art, de se comporter en  magicien plutôt qu’en  illusionniste.

~

« Mettre un peu d’art dans sa vie et un peu de vie dans son art. »

Louis Jouvet dans « Entrée des artistes » de Henri Jeansson.

~

 

Avant on pouvait entendre :

C’est ce qui est beau qui plaît,

 

Aujourd’hui, on entend davantage :

 

Si cela plaît, c’est sûrement  beau.

 

 

~

 

 

Un peintre, comme tous les créateurs, est un semeur d’émotions, et … quand on sème on a toujours vingt ans.

 

~

Voici deux reflexions qui n’ont rien à voir avec l’art mais que j’aime bien quand même !

 

La vérité peut-elle n’avoir qu’un seul visage ? Quand j’entends deux points de vue parfois opposés sur un même sujet, et que l’un est aussi valable que l’autre, cela me fait penser à une image :

Une montagne peut-être bien différente suivant l’endroit d’où on la contemple et pourtant n’est-ce pas toujours la même ?

~

On peut remarquer parfois que certains enfants voient plus loin que leurs parents, il ne faut pas oublier de rappeler que c’est souvent parce qu’ils sont perchés sur les épaules de ces derniers.

Et quand je vois certains jeunes actuellement ne pas avoir une vision très clair autant de leur présent que de leur avenir, je ne peux m’empêcher de penser que c’est peut-être leur refus de l’expérience de leurs ainés qui les rends ainsi aveugles.

 

~

Une petite réflexion personnelle sur la « peinture de la réalité »

 

Ce n’est pas un coup de gueule, mais plutôt une réflexion sur le devenir d’une certaine forme de peinture que je pratique : « la peinture de la réalité.»

C’est cette peinture qui tend à se rapprocher le plus possible, par une technique irréprochable dans le rendu, de la réalité.

Tous ceux qui s’intéressent à l’art contemporain auront pu remarquer le retour en force de cette peinture.

Peut-être ce retour résulte-t-il d’une lassitude de nos contemporains pour un art de plus en plus incompréhensible pour la plupart d’entre nous, étant entendu que dans ce « d’entre nous » j’exclu l’élite intellectuo-artistico-politico-journalistique, qui elle, s’en gargarise tous les matins dans les médias.

Cela ne me paraît pas en être la raison essentielle, il ne faudrait pas oublier les créateurs eux-mêmes. Je pense à un Cadiou, un Poirier, un Gilou, et bien d’autres qui depuis des décennies luttent de toute la force de leur art pour que cette forme d’artisanat perdure. Quand je parle d’artisanat c’est volontaire car ce terme  sous-entend savoir, pratique, métier, compétences, héritage, enfin tout ce qu’il y a de plus noble dans le métier d’artisan, et que l’on ne trouve pas toujours, loin s’en faut, chez certains peintres contemporains. Je fais miens les mots que m’avait dits un jour Jean Marais alors que je lui avait donné du « Maître »:

«  Je suis un artisan-peintre .»

Ce qui fait l’objet de ma réflexion c’est la tendance actuelle venant d’outre-atlantique de cette forme de peinture de la réalité que l’on pourrait « cataloguer » de photographique. Tout ce qui vient d’Amérique n’est pas forcément à suivre et pourtant les peintres espagnols et déjà certains français sont contaminés.

Vous trouverez ci-après quelques reproductions qui me serviront d’exemples.

On dirait une photo ! voilà peut-être la réflexion que j’ai entendue le plus souvent venant des spectateurs de ma peinture, compliment maladroit mais suprême pour eux, devant la précision de la touche.

 

Mais attention, pour le peintre de la réalité que je suis, rappel à l’ordre de Brassaï :

 

«  La photographie, c’est la conscience même de la peinture.

Elle lui rappelle sans cesse ce qu’elle ne doit pas faire.

Que la peinture prenne donc ses responsabilités ! »

( Extraits de l’Intransigeant – 15 novembre 1932)

 

Malheureusement, grâce à l’apport technique de la photographie, et surtout de ses outils et véhicules, je pense à l’écran d’ordinateur jusqu’à l’épiscope qui permet de projeter sur la toile le document que l’on souhaite reproduire, certains peintres se sont détournés progressivement, peut-être sans y prendre garde eux-mêmes, du but premier de la peinture ( voir de l’art en général ) qui, comme le disait Paul Klee :

« l’art ne rend pas le visible, il rend visible »

Nous ne devons pas, nous praticiens picturaux de la réalité, la reproduire, tel que le pourrait la photographie. A nous d’y apporter cette mise en scène des acteurs du tableau, ce sens de la mise en lumière de ceux-ci, à nous de nous comporter en auteur, à nous de raconter une histoire. J’appelle mes natures mortes, mes « conversations silencieuses », en voici la raison : les objets que je peins ne sont pas placés sans raison dans mes compositions, les « conversations » qui s’élaborent  concourent à tracer un fil rouge entre eux, ce que j’appelle un tracé régulateur, qui conduit l’œil du spectateur d’un objet à l’autre grâce au concours d’une lumière, d’une ombre portée, d’une ligne qui se trace de point en point dans la toile, ligne qui conduit le regard de ce spectateur à rester dans la toile.

Quand je regarde les œuvres de certains de mes collègues peintres, ceux que beaucoup de connaisseurs placent au firmament de cette peinture dite de la « réalité », je ressens un malaise, car je ne sais plus si cela est une toile ou une photo. Aucune mise en scène, pas de composition, des objets placés comme si on avait renversé sur la table le panier du marché, un rendu tellement proche de la réalité, une technique qui ne laisse plus aucune place aux traces du pinceau, un support tellement lisse qu’il ne laisse même plus sa place à la trame de la toile.

J’aime quand on voit encore que c’est une « toile. » et même si j’attribue à la toile le droit d’être un roman pictural je soutien Georges Braque quand il dit :

 

« La peinture est de plus en plus proche de la poésie, maintenant que la photographie l’a libérée du besoin de raconter une histoire. »

( Extrait d’une lettre à Guillaume Apollinaire)

 

~

 

« L’artiste, s’il l’est profondément, totalement, est le type le plus complet de la vertu de la résistance.

Il doit s’opposer et lutter contre tout, non seulement le public, le pouvoir, la critique, les médias, mais encore la tentation de plaire et le goût de l’argent, la vanité, l’illusion, la facilité, les habitudes, la paresse, l’opacité des choses et l’imperméabilité des gens, et, en fin de compte, le plus redoutable de tout peut-être, lui-même.

 

Eternel Sisyphe, il doit avoir le courage de n’en finir jamais de remonter sa pierre. »

 

 

Chapelain-Midy

«  Comme le sable entre les doigts »

 

~

 

 

Le péché originel de l'Art est d'avoir voulu convaincre et plaire,

pareil à des fleurs qui pousseraient avec l'espoir de finir dans un vase .


"Jean Cocteau"

 

~

 

Trente rayons convergent au moyeu

Mais c’est le vide médian

Qui fait marcher le char.

 

On façonne l’argile pour en faire des vases,

Mais c’est du vide interne

Que dépend leur usage.

 

Une maison est percée de portes et de fenêtres,

C’est encore le vide

Qui permet l’habitat.

 

L’Être donne des possibilités,

C’est par le Non-Être qu’on les utilise.

 

“Lao – tseu

Tao – tö king”

 

 

 




 

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